Comment le rôle du pompage-turbinage va-t-il évoluer?

  • Le pompage-turbinage va gagner en importance dans le contexte de la transition énergétique, même s’il n’est aujourd’hui pas rentable. Ces ouvrages seront de plus en plus amenés à stocker l’électricité excédentaire produite par les énergies renouvelables intermittentes (solaire, éolien).

    La demande en électricité n’est pas constante. Elle varie constamment : typiquement de 45 % entre le jour et la nuit, de 20 % entre la semaine et le weekend, ainsi que de 30 % entre l’été et l’hiver. Certaines usines électriques, notamment les centrales nucléaires, doivent, pour des questions techniques et économiques, fonctionner en permanence et garder une puissance de production aussi constante que possible sur une base saisonnière. De même, les usines hydroélectriques au fil de l’eau (sans lac d’accumulation) n’ont qu’une faible capacité de modulation de leur production. Elles produisent en continu, principalement en été, quand la demande est la plus faible.

    Dans sa configuration actuelle, l’appareil de production électrique parvient donc difficilement à suivre au plus près les variations de la demande. Il en résulte une surproduction d’électricité en période de basse consommation. La Suisse utilise depuis des décennies ses ouvrages de pompage-turbinage pour stocker l’électricité excédentaire (essentiellement la nuit), puis la restituer au réseau le jour suivant lorsque la demande est élevée, en s’offrant au passage une marge bénéficiaire [→ Q 66].

    Dans le contexte de la transition énergétique, les sources d’énergie renouvelables irrégulières (solaire, éolien) vont se développer fortement. Par conséquent, les centrales de pompage-turbinage devraient continuer à prendre de l’importance.

    L’éolien et le solaire étant des sources d’énergie dites intermittentes, on ne peut prévoir la variation de leur production en fonction des conditions météorologiques que quelques heures ou jours en avance. Comme la production doit en permanence être égale à la consommation [→ Q 72], il faut évacuer l’électricité excédentaire en la stockant sous une autre forme en vue d’une utilisation ultérieure. Grâce à nos barrages alpins, nous disposons d’une capacité de stockage intéressante pour les excédents de production d’électricité solaire et éolienne. Ces capacités de stockage intéressent naturellement les pays d’Europe Occidentale, notamment pour les excédents de solaire du Sud et d’éolien du Nord. C’est pour cette raison que la Suisse augmente actuellement son potentiel de pompage-turbinage et prévoit de rehausser certains de ses barrages [→ Q 76].

    En Suisse, le pompage turbinage n’a rien d’anecdotique : pour tous les 100 litres d’eau qui entrent dans les lacs d’accumulation de nos barrages (eau de pluie ou eau de fonte des neiges), 12 litres d’eau sont pompés depuis la plaine. A l’échelle suisse et plus encore européenne, la demande de pompage-turbinage pourrait croître de manière significative dans les scénarios prévoyant une forte augmentation du courant d’origine renouvelable. Plusieurs ouvrages majeurs de pompage-turbinage sont actuellement en construction ou en planification, dont les plus grands sont les aménagements de Linth-Limmern à Glaris et de Nant-de- Drance en Valais.

    Paradoxalement, le déploiement des nouvelles énergies renouvelables fortement subventionnées (solaire et éolien), qui crée le besoin de capacités de stockage additionnelles, contribue à mettre en danger la viabilité économique des ouvrages de pompageturbinage. Sans une hausse massive des prix de l’électricité au travers notamment d’une hausse du prix du CO2, ces ouvrages risquent fort de ne pas être rentables [→ Q 70].

    Références : [1] [9] [136] [137]

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