Comment diminuer les besoins de stockage en gérant mieux notre consommation électrique?

  • Il est possible, grâce à des mesures incitatives, de moduler la consommation d’électricité, afin de mieux l’adapter aux capacités de production. Cette stratégie permettrait de réduire les besoins de stockage, voire d’éviter de devoir stocker l’électricité excédentaire provenant du solaire et de l’éolien.

    La consommation électrique d’un pays varie sans cesse. A chaque fois que nous enclenchons ou déclenchons un appareil électrique, nous modifions la demande. Ces changements incessants nécessitent d’adapter la production en permanence, puisque production et consommation d’électricité doivent impérativement s’équilibrer à tout instant sur le réseau [→ Q 72]. A l’échelle de la Suisse, la consommation électrique peut varier de manière considérable : jusqu’à 20 % à la hausse ou à la baisse, et cela sur des laps de temps de quelques minutes seulement. Par exemple, lorsque toutes les cuisinières électriques s’enclenchent simultanément à midi. Ou lorsqu’un nuage d’orage passe en fin d’après-midi et que tout le monde allume la lumière en même temps. Un autre pic de demande attendu ces prochaines années est celui des voitures électriques qui seront toutes mises à charger à la rentrée du travail le soir…

    Jusqu’à aujourd’hui, les variations de la consommation électrique étaient couvertes par des centrales capables d’adapter leur niveau de production: notamment les centrales hydroélectriques à accumulation, qui peuvent ouvrir et fermer les injecteurs très rapidement au gré de la demande électrique et absorber ainsi les pics de consommation. Mais cette solution traditionnelle ne suffit plus : avec la part croissante des centrales au charbon peu flexibles, et d’électricité solaire et éolienne difficile à prévoir précisément, l’équilibrage du réseau devient plus délicat.

    La flexibilisation de la demande, ou « gestion de la demande » (souvent appelée DSM selon le sigle anglais pour « demand side management »), apporte une solution concrète à ce problème. Le DSM consiste à inverser la logique d’équilibrage du réseau: ce n’est plus uniquement la production qui suit la demande, mais également la consommation qui s’adapte à la production en cas de besoin, lorsque l’appareil de production ne parvient plus à suivre la demande. Cette approche consiste à avancer ou à différer une partie de la consommation électrique nationale, afin de la rendre plus flexible, en phase avec les fluctuations de la production. Cela permet d’absorber les pics ou les pertes de puissance du solaire et de l’éolien, en fonction des caprices de la météo.

    Que l’on se rassure, la gestion de la demande ne se fera pas sur tous les appareils électriques et électroniques, ni sur l’éclairage. Nous continuerons à enclencher tous ces appareils à la demande, quand nous le voulons. Les possibilités de modulation de la consommation électrique se trouvent dans des équipements à accumulation de chaleur ou de froid, tels que les réfrigérateurs, congélateurs, chauffe-eau et pompes à chaleur. Ces appareils peuvent sans problème être arrêtés pendant un certain temps, surtout s’ils ont pu accumuler du froid ou de la chaleur excédentaire avant leur mise à l’arrêt. De même, le démarrage des lave-vaisselle, lave-linge, ainsi que la recharge de véhicules électriques, peuvent être légèrement différés dans le temps. Un certain potentiel de flexibilisation existe également dans le domaine des activités industrielles, notamment dans les grands centres de stockage frigorifiques.

    En pratique, la gestion de la demande se fait de deux manières : soit par le biais d’incitations tarifaires au niveau des consommateurs, soit par le biais de méthodes de commande à distance par le gestionnaire de réseau (qui peut enclencher ou déclencher à distance certains appareils). Il y a donc un lien étroit entre la gestion de la demande et les technologies de smart grids ainsi que les compteurs « intelligents » [→ Q 69].

    Certaines fonctions très basiques de flexibilisation de la consommation existent déjà en Suisse depuis les années 1970, par le biais de mesures telles qu’un tarif électrique différencié entre le jour et la nuit, ou l’arrêt automatique de la plupart des chauffe-eau électriques domestiques aux heures de forte consommation. Il s’agit aujourd’hui d’affiner considérablement ce genre de pratiques, pour rendre la gestion de la demande beaucoup plus dynamique et réactive (dans des laps de temps très court) et réalisable à distance (compteurs intelligents, etc.). 

    Références : [1] [9] [140] [141]

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